Les Flèches de Robin des Rings

Avec l'aimable Autorisation de la revue "Cynomag"


CERTIFICAT DE CAPACITÉ :

Des élevages, vous en avez vus à la télé, sous forme de mouroirs qu'on venait de faire fermer et qui rouvriront un peu plus tard sous un autre nom.

Vous ne savez pas qu'il existe plein de bons élevages où les éleveurs travaillent pendant des heures interminables pour des revenus de misère juste parce qu'ils aiment ça, que ce n'est pas seulement un métier pour les passionnés, c'est toute leur vie.
Personne ne voit le côté artiste, le travail de sélection, la complicité avec toute la meute.
Même les bons éleveurs ne sont pas reconnus ni par le grand public ni par l'administration.

Jusqu'à présent, n'importe qui pouvait élever des chiens.
D'ailleurs, n'importe qui élevait des chiens. Et c'était un gros problème.

Mais maintenant, on est sauvé.



LE CERTIFICAT DE CAPACITÉ VA PERMETTRE UNE SÉLECTION.

Ceux qui connaîtront l'utilité d'une roue dans une cage à hamster,
ceux qui sauront sexer des chinchillas,
ceux qui devineront combien d'heures un chien peut passer dans une caisse sans mourir de faim, de soif ou d'ennui
seront les lauréats d'un prestigieux diplôme leur permettant d'élever des chiens.

L'idée du certificat de capacité était bonne et valorisante pour l'éleveur, mais l'affubler de QCM aussi débiles démontre bien...
ce que l'administration pense de l'éleveur moyen :
Si la difficulté des QCM est proportionnelle au QI des futurs éleveurs de chiens,
j'ai bien peur que même les huîtres se mettent à élever des chiens



(Revue "Cynomag" n°35)




Parallèle entre le patinage artistique aux JO de Salt Lake City et les expos canines

Les familiers des expositions canines qui ont suivi ces jeux olympiques n'auront pas manqué de faire le parallèle avec ce qui se passe dans le monde des concours de beauté. Entente entre exposants, entre juges, entres exposants et.... juges...
Le système du j'te donne, tu m'donnes ou du j'te donne, tu donnes à mon copain est très en vogue dans le milieu des expos.


Et s'il perdure et prospère, c'est, comme pour le patinage artistique, parce que la subjectivité est forcément de mise dans ce type de compétition
Ne serait-il pas temps, à la faveur de ce qui vient de se passer aux jeux olympiques, d'engager une vraie réflexion sur les expositions de beauté ? Beaucoup d'exposants le souhaitent, beaucoup de juges aussi,
ceux notamment qui refusent magouilles et compromissions. Un vrai chantier en perspective.
Auquel CYNOMAG serait heureux d'apporter sa contribution.

(Revue Cynomag n°41-Editorial)





LES EXPOS VUES PAR LE MULTI-CHAMPION



Je suis une bête d'expo, achetée des milliers de dollars.
Tous mes admirateurs dans le public rêvent d'avoir un chien comme moi,
et moi.. je rêve d'avoir un maître comme eux.

Je passe de handler en handler, de voiture en avion, de cage en cage,
de tapis d'entraînement en tapis de table d'expo.
Alors, pensez comme je suis content de courir comme un fou sur cet immense tapis vert du ring d'honneur.

Le public pense que je regarde mon handler avec les yeux de l'amour;
il ne sait pas que mon regard en fait crie famine (trois jours de diète, c'est dur).
Je rêve qu'un jour mon handler ait une émotion trop forte en remportant le Best in Show à la Mondiale,
et qu'il défèque sur le ring d'honneur sous les flashs des photographes et cameramen.

(Revue "Cynomag" n°12)





Robin des Rings semble avoir son coup de blues.
La cynophilie et ses rites constituent un solide motif de rigolade et Robin prend souvent un malin plaisir à stigmatiser les dérives du monde canin.
Mais il est des jours où la cynophilie devient pathétique.
Alors elle ne prête plus tellement à rire.
Chaque cynophile se plaît à mettre en avant sa contribution à la sélection. Mais qu'en est-il exactement ?

Sélectionne-t-on vraiment quand on grenouille dans un milieu
où les succès en exposition comptent plus que le bien-être du chien.




COMMENT TRANSFORMER DES DÉFAUTS EN QUALITÉS :

Prenez un chien avec les pattes tellement, tordues que si Moulinex s'en était inspiré pour créer un appareil destiné à battre les œufs en neige,
il n'aurait sûrement pas fait faillite.
Faites entrer le chien sur un ring d'exposition et en avant la musique.
Le ring se transforme en piste de danse.
Pendant que le chien esquisse des pas de charleston avec les pattes avant,
il s'essaye au twist à l'arrière et au houla-houp au milieu.
Cachez tout ça avec une bonne masse de magnifiques poils.
Collez-lui un AFFIXE PRESTIGIEUX et voilà un grand champion.
S'extasier sur son type .. Ah ! Voilà un mot chébran dans le milieu.
Tout de suite on a affaire à un spécialiste.
Sauf que ce chien-là est plus typé appareil électroménager que chien de race.
Dans deux ou trois ans, il pourra accrocher tous ses titres de champion sur sa chaise roulante.
Il aura été un grand traceur.
On reconnaîtra tous ses enfants sur les pistes de danse.



LE RÈGNE DE QUASIMODO



Certains défauts sont tellement courants dans une race qu'on finit par trouver ça normal.
C'est comme le degré de pollution à Paris signalé à la radio au même titre que la température,
comme si c'était un phénomène tout à fait normal alors que c'est intolérable.
On a la prétention de dire qu'on œuvre pour l'amélioration des races
alors qu'on est en train de bousiller l'espèce tout entière.

(Revue "Cynomag" n°47)



L'ART DE NE RIEN FAIRE

A l'exception de quelques rares Clubs qui tournent bien,
font le plein d'adhérents,
affichent un taux de participation record à la Nationale d'élevage,
publient dès bulletins qu'on peut lire en plus de deux minutes (mais si, ça existe !),
la grande majorité des Clubs excelle dans l'art de ne rien faire.

C'est un modus vivendi et, pour ne pas l'enfreindre, les membres se surveillent mutuellement.
Si l'un d'entre eux bouge un orteil, tous se jettent dessus pour critiquer son initiative.

Mais vous savez, ils se donnent du mal pour ne rien faire.
Ils parcourent régulièrement des centaines de kilomètres pour aller à leurs réunions de comité
(en un ou deux mots) dont la finalité est d'entériner la réunion de comité d'avant où ils n'avaient déjà rien fait.
Ensuite, ils passent des heures et des heures au téléphone à parler de tout pour n'aboutir à rien.
Ce qui se passe au Comité ne doit pas être divulgué.
C'est top secret.
Et ça vaut mieux, car si tous les adhérents étaient au courant qu'on n'y fait strictement rien,
ils rechigneraient certainement à lâcher leur participation annuelle de 50 euros ou plus à tout ce néant. !



GROS BRAS ET PETITES BARRIÈRES

Enfin, heureusement que les adhérents cotisent car sinon, le week-end de la Nationale d'élevage,
les hôtels restaurants auraient un sérieux manque à gagner.
Quinze membres du comité nourris et logés à l'hôtel pendant trois jours,
ça fait environ 4 000 euros de dépensés par le club.
Mais attention ! pas pour rien.
Ils viennent monter quatre barrières autour des rings.
Elles doivent être drôlement lourdes ces barrières !
Parfois même, des amis des membres du comité peuvent bénéficier des mêmes avantages
s'ils prêtent aussi leurs gros biceps.
Sauf qu'un mec tout seul trouvé sur place prendrait 100 euros pour faire la même chose.
Vous comprenez mieux pourquoi plein de Nationales d'élevage sont déficitaires, même quand la salle est" gratuite".



Les membres du Comité aiment à se féliciter d'être là pour défendre le Club.
Eh oui, il y a toujours de vilains opposants qui veulent prendre le Club d'assaut.
C'est vraiment donner de l'importance à quelque chose qui ne représente rien,
si ce n'est ses quinze membres parachutés là parce qu'il y avait une chaise vide à côté d'un copain, parce qu'ils ont vu de la lumière
ou pour compenser leur inexistence cynophile.
Certains ne savent même pas pourquoi ils sont là, mais votent dans le sens voulu le jour J.
D'autres savent très bien pourquoi ils sont là :le secrétaire avec 150 chiots à vendre,
le trésorier, pote avec le secrétaire et le président,peuvent s'offrir bien des gueuletons payés par les gentils membres,
les autres veulent juste choisir leur juge pour le prochain championnat ou Nationale d'élevage.
Tous réfléchissent aux conséquences néfastes possibles de la moindre action pour justifier leur inactivité.

Et puis subitement, au moment des élections, panique à bord,
tout le monde se réveille et déploie d'un coup toute l'énergie économisée depuis trois ans,
notamment pour critiquer tous les autres qui n'ont rien fait, tout ça pour obtenir une prolongation de trois années à ne rien faire.

(Revue "Cynomag n°48)

Source : Robin des Rings